Lomé, le 21/05/2012

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Tony Bland

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Grand reportage

Vie d’élève Les récréations arrosées au lycée de Niamtougou

Il sonne 9h45mn, comme dans tous les lycées du Togo, les élèves sortent pour la première pause de la journée. Tous se dispersent dans la cour, qui se dirigeant vers les revendeuses de repas, qui allant s’assoir pour réviser quelques cours

' Dans ce brouhaha de marché, un groupe s’est instinctivement formé et, en file indienne, a pris un petit sentier juxtaposé au lycée. Direction : une maison située à près d’une centaine de mètres.

C’est chez madame Rawa, revendeuse de nourritures et de Tchouk, dimunitif de Tchoukoutou (une boisson locale à base de sorgho). La variété à Niamtougou s’appelle Lossomissine. La spécialité de madame Rawa, ce sont les boules d’Akassa accompagnées de sauce locale et de fromage de soja. « Tous ces élèves ici sont mes enfants » nous confie-t-elle. Et d’expliquer : « Je leur sers de copieux repas qu’ils adorent. Le prix est très abordable et surtout que sous mon manguier, avec la fraicheur qu’il procure, l’ambiance est conviviale. Ils se sentent à la maison comme chez eux avec le Tchouk à côté. ».

En effet, dans cette cour ombragée de Mme Rawa se mélangent une suave odeur de moutarde locale et de Lossomissine. Certains élèves se servent eux-mêmes des boules d’Akassa, de la sauce locale de feuille de baobab ou de gombo sec. De petits bousculades s’observent, mais pas trop pour déconcentrer les élèves dans leur appétit.« Je raffole du fromage de soja, et ici j’en consomme chaque récré, au moins quatre. » ; chuchote Sandra, lycéenne en classe terminale A4. La plupart des plats se composent de deux (2) boules d’Akassa, également de fromage de soja pour, au total, 100 francs Cfa le plat. Une boule d’Akassa coutant 25 Frs Cfa, de même pour le morceau de fromage de soja. Seuls les élèves les plus nantis prennent jusqu’à quatre (4) fromages de soja. « Ici avec 50 francs Cfa, on a déjà deux (2) boules de Akpan. Et comme, c’est ma sœur, elle m’en rajoute un. Pour le Tchouk, on en prend pour supporter la journée. Nous sommes à l’aise ici », nous a confirmé DAWUSSINA Kokou, élève en Terminale A4. « Nous avons trouvé chez Mme Rawa une nourriture très satisfaisante par rapport à celle de l’école ; nous sommes à Niamtougou et nous accompagnons nos repas avec de la sauce locale et nous l’adorons. Le Tchouk est bon et on en prend, car on est né dedans ; on ne s’enivre pas avant d’aller suivre les cours. » nous dit KASSI, élève en 1ère D.

Justement, à la question de savoir s’ils ne se saoulent pas avant de reprendre les cours, la réponse est unanime : c’est non ! « Cette boisson à base du sorgho ne nous saoule pas. Bien au contraire, elle nous revigore et nous permet de tenir pour la suite de la journée. Elle est très riche et nous n’en abusons pas. » se plaisent-ils à dire tous. Ce qui est très remarquable ici, est que tous ces jeunes clients de Mme Rawa ont développé une tendre solidarité autour des calebasses de Tchouk. Pour preuve, ils se partagent presque tous la calebasse qui ne coûte que 50 FCfa. Surtout quand certains n’ont pas ce qu’il faut pour s’abreuver.

Le "restau ouvert" de Mme Rawa n’est pas méconnu dans le coin. Parents, professeurs et populations, presque tout le monde le connaît. Après les heures de service, ils sont plusieurs personnes à s’y retrouver pour se mettre quelque chose sous la dent et siroter du bon Lossomissine. Voilà pourquoi nul n’est dérangé de voir des élèves s’étancher à la boisson locale pendant la récréation. "D’autant plus que, depuis toujours, aucun élève ne s’est jamais soulé la gueule." a certifié un professeur. Toutefois, certains parents restent prudents. "On ne sait jamais quand ça pourra être dangereux, en cas d’abus par nos enfants." nous a confié un parent d’élève assurément un peu penaud par notre question. Visiblement, consommer un peu de Lossomissine à l’école est rentré dans les mœurs à Niamtougou. La conclusion d’un parent de lycéen nous a confortés dans cette thèse. "Beaucoup de cadres Losso (natifs du milieu) sont passés par là. Certains amenaient même cette boisson à l’école dans de petits bidons. Ça ne dérange pas puisque le Tchouk se prépare dans beaucoup de maisons. C’est notre culture." a-t-il conclu.

Ceci expliquant cela, l’intelligence des Lossos – c’est un peuple très intelligent- provient-elle de là. Une étude doit être ouverte. Avis aux autorités togolaises donc !